#vendredisIntellos - La place de l'enfant

Publié le par Phypa

Ce sera ma deuxième contribution aux vendredis intellos de Mme Déjantée
 
 
 
Pour faire suite aux échanges de la semaine dernière sur le concept d’amour maternel apparu au XVIIIe siècle, je rebondis sur le commentaire de Mme Déjantée, et l’apparition de la notion d’enfance, qui en effet date de la même période.
On trouvera en lien le résumé d’un PhD soutenu en 2004 au canada par une certaine Denise Girard, dont je n’ai pas retrouvé trace ailleurs, et qui cite abondamment Philippe Aries
Le document commence ainsi :
« L’enfant ne semble pas avoir eu de véritable place dans le monde ancien. Jusqu’au XIIIe
siècle, les oeuvres picturales nous le montrent plutôt comme un adulte à échelle réduite.
Dans l’iconographie, l’enfant est toujours représenté au milieu d’adultes. Ceci tend à
démontrer que son existence est étroitement liée au groupe.« … l’enfance était un temps
de transition, vite passé, et dont on perdait aussi vite le souvenir. » (Ariès, p.55) On y
accorde que peu d ‘importance. Cette indifférence à l’égard du jeune enfant persiste
jusqu’au XIXe siècle. Elle était une conséquence directe et inévitable de la démographie
de l’époque. (p.61) D’ailleurs n’enterrait-on pas l’enfant n’importe où comme un chat?
Il était si peu de chose!
L’enfance paraît donc être une période fragile où la survivance est compromise. Cette
situation est acceptée comme une fatalité. « Le très petit enfant trop fragile encore pour
se mêler à la vie des adultes, ne compte pas. » (Ariès, p. 178) Ce n’est que lorsqu’il
arrive à l’âge adulte qu’il devient intéressant. Philippe Ariès fait remarquer : « Ne
parlons-nous pas encore aujourd’hui d’entrer dans la vie au sens de sortir de l’enfance? »
(Ariès, p. 61)
Vers la fin du XVIIIe siècle, quoique les conditions démographiques aient encore peu
changé, une sensibilité nouvelle se développe pour l’enfant. Liée à une christianisation
des moeurs plus profonde, son âme immortelle s’impose dans la conscience commune.
Cet intérêt porté à l’enfant précède de plus d’un siècle le changement des conditions
démographiques, qu’on peut dater de la fin du XIXe siècle avec l’apparition des vaccins
contre la variole et l’instauration de pratiques d’hygiène qui permettent un recul de la
mortalité associé à un contrôle plus étendu de la natalité (Ariès, p.66). »
 
Et c’est avec le contrôle des naissances que dans nos sociétés occidentales, l’enfant devient rare, précieux et même roi.
 
Et que selon Aldo Naouri « il convient de remettre à la bonne place »
Même si je suis d’accord avec certains propos d’Aldo Naouri, comme :
« Il faut que chacun soit à sa place: la mère, le père et l'enfant. Alors l'autorité s'exerce naturellement. Or on a tendance à mettre l'enfant à égalité avec les parents. »
 D’autres me paraissent un peu farfelus :
« Les femmes agissent comme si l'enfant était promis à la vie tant qu'il est en elle et promis à la mort dès qu'il en est sorti. Du coup, elles déploient contre ce destin une force considérable et tissent autour de l'enfant une sorte d'utérus virtuel extensible à l'infini qui se traduit par une tendresse allant jusqu'à accomplir tous ses désirs »
« En gros, les premiers mois, les mères sont à 95% mères et à 5% femmes. Il faudrait qu'elles soient à 50% l'une et à 50% l'autre. Etre femme, c'est avoir envie d'aller au lit avec un mec. Ce n'est pas bon que l'enfant soit la seule source de satisfaction de sa mère. Il m'est arrivé de rédiger des ordonnances qui indiquaient: «Baisez!» S'il n'y avait qu'un message à lancer, ce serait celui-ci: «Soyez un couple, vous serez de meilleurs parents.»
 
Je préfère de beaucoup l’approche de Claude Halmos :
On peut lire ici une interview intéressante à propos de son livre « L’autorité expliquée aux parents » paru juste avant celui d’Aldo Naouri « Eduquer ses enfants, l’urgence d’aujourd’hui »
« Depuis 15 ans que je travaille dans les médias, j'ai toujours refusé de donner des conseils car je considère que c'est plutôt destructeur » 
« Il y a aujourd'hui une autorité à repenser qui n'est pas l'autorité d'avant 68, mais qui est une autorité post Dolto, c'est-à-dire une autorité qui s'adresse à un enfant considéré comme une personne à part entière, respectable. Mais cet enfant doit apprendre à se soumettre aux règles comme chacun d'entre nous, ce qui est indispensable dans une société civilisée. On respecte les autres, les biens des autres, on peut tout dire mais pas tout faire, on doit travailler pour réussir, la sexualité a ses règles, elle se pratique entre gens consentants, elle est interdite entre gens de la même famille, entre adultes et enfants, etc. Au départ, ce n'est pas naturel, pour l'enfant, qui est dans le pulsionnel, de se soumettre à cela. Il est dans le principe du plaisir, dans un sentiment de toute puissance, il est le roi du monde : comme ce n'est pas compatible avec une vie civilisée, il faut lui apprendre les règles et le pourquoi des règles. Après, on lui impose de les respecter, ce qui signifie que s'il transgresse, on explique une, voire deux fois, puis on sanctionne.
L'autorité, c'est ça : énoncer la règle, expliquer le pourquoi de la règle, imposer à l'enfant de la respecter, avec sanction si besoin. Ce n'est en rien une violence, l'adulte n'abuse pas de son pouvoir. »
 Ayons conscience que tous ses débats ont lieu dans un pays où la venue des enfants est en grande majorité choisie, où il n’est plus nécessaire d’avoir beaucoup d’enfant pour qu’au moins quelques uns survivent et assurent notre subsistance lorsque nous serons vieux.
 C’est loin d’être le cas partout dans le monde.
 Voici la carte du site worldmapper sur la mortalité infantile :
infant_mortality.jpg
 
 
 
et sur le travail des enfants
 child_labour.jpg
 
 
 
Pour en savoir plus sur tout ce qui concerne le droit des enfants, allez visiter ce site :
dont voici comment l’auteur se présente :
Jean-Charles CHAMPAGNAT,
Éducateur de formation, il a travaillé de nombreuses années dans le domaine de l'enfance et s'est impliqué dans le mouvement associatif. Ancien directeur du Service municipal de l'enfance de la ville de Fontenay sous Bois (94), il a notamment participé à la création de la Maison des droits de l'enfant. Ensuite, il devient Directeur du Centre Communal d'Action Sociale (CCAS) de la même ville. Aujourd'hui, il est Adjoint au Sénateur-Maire de la ville de Briis-sous-Forges (91) et travaille dans un syndicat intercommunal. N'étant plus impliqué directement dans le monde de l'enfance, il tente de poursuivre son modeste combat en faveur des droits des enfants en faisant vivre ce site et le blog d'actualités associé.
 

Publié dans Education

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Mme Déjantée 29/07/2011 08:21


Merci pour cette contribution toujours aussi riche et passionnante!!! Merci aussi d'avoir donné une suite au débat de la semaine dernière!!
Il y en aurait beaucoup à dire et j'espère avoir la possibilité (la place en définitive!!!)!!
Juste ici une remarque légère sur la citation d'Aldo Naouri, qui à mes oreilles sonne comme la crise de jalousie d'un mâle vis à vis de son enfant qui lui prend sa femme (mère de substitution?)...
Bon, je rigole bien sûr, mais j'avoue que autant j'ai du mal à enfermer la femme dans son rôle de mère, autant j'ai aussi du mal à l'enfermer dans un rôle d'objet sexuel!!
Allez, à lundi pour le débrief!


Phypa 29/07/2011 09:51



Je trouve aussi que le discours d'Aldo Naouri sonne comme une carricature de psychanaylse. Il dit que dans la psychologie masculine la femme reste fondamentalement un objet sexuel. C'est
finalement très réducteur pour les hommes. Et cela confirme aussi que le féminisme ne peut tirompher que par la libération des hommes de leurs rôles socialement imposés.


Bon week end, ... et maintenant on attend le débriefing !!