Rythmes scolaires - une enseignante en colère

Publié le par Phypa

Doisneau43

En complément de l'article des Vendredis Intellos sur la réaction des enseignants à la réforme des rythmes scolaires, je voudrais relayer ici une lettre adressée à Vincent Peillon par une enseignante en colère :

Cher Monsieur Peillon,
L’illettrisme ?
C’est ma faute. Ma méthode de lecture était sans doute trop globale.

 Le décrochage scolaire ?
C’est ma faute. Je ne suis pas capable d’intéresser mes élèves et rendre l’école attrayante. J’assume.

 La délinquance juvénile ?
C’est ma faute. Je n’insiste pas suffisamment sur l’Instruction civique et morale. J’assume.
 
L’obésité ?

C’est ma faute. A cause du biscuit à la récré. J ’assume.

Les caries ?
C’est ma faute. Je devrais fournir le matériel nécessaire à mes élèves afin qu’ils puissent se brosser les dents sur le temps de classe. J’assume.

Théo a 12 ans et porte encore des baskets à scratch ?
C’est ma faute. J’aurais dû lui apprendre à faire ses lacets. J’assume.

Arthur s’est fait renverser par une voiture ?
C’est ma faute. Je ne lui ai pas fait passer son permis piéton. J’assume.

Zoé ne connait ni ses tables de multiplication, ni sa poésie, ni Jules César, ni Vercingétorix, ni les départements français, ni…. Encore ma faute. J’aurais dû lui faire apprendre ses leçons pendant qu’elle se brossait les dents d’une main et nouait ses lacets de l’autre, avant de traverser la rue en courant pour éliminer les calories du biscuit que je l’avais forcée à ingurgiter à 10 heures !
 
Bref, j’assume tout. Même la crise économique. Il faut bien avouer que l’Etat me paie grassement pour finir mes journées à 16 h 30 et passer le plus clair de mon temps en vacances…. Et j’allais oublier la sécurité de l’emploi…


Alors vous avez raison, Monsieur le Ministre. Il est grand temps de réformer tout ça.
Le changement, c’est maintenant ! Vous avez enfin dévoilé votre plan pour une grande Refondation de l’École. Grandiose ! Magnifique ! Courageux ! Audacieux ! Mes collègues et moi-même sommes enfin investis d’une véritable mission d’intérêt général : supporter et soulager tous les maux de notre société. Alors, méprisez-nous, insultez-nous, frappez-nous, instrumentalisez les familles au nom du bien être et de l’avenir de leurs enfants…
C’est tout ce que nous méritons ! En plus, la FCPE se gausse et certains de nos syndicats applaudissent. Franchement, vous auriez tort de vous en priver.
 Toutefois, bien qu’irresponsable, paresseuse, incompétente et quelque peu limitéeintellectuellement comparée aux cols blancs de la rue de Grenelle, j’ose vous dire,Monsieur le Ministre, que votre projet est une hérésie voire même une involution.

1) Bon nombre d’enseignants ne veulent pas de votre semaine de 4 jours et demi.
Quel salarié accepterait de travailler plus pour gagner moins ? Sarkozy en a rêvé, vous l’avez fait !

2) Vous brandissez l’étendard des rythmes de l’enfant. Il est en effet d’une logique implacable qu’ils seront moins fatigués en travaillant une demi-journée supplémentaire. Vous êtes le Ministre de l’Éducation nationale et vous ne vous adressez qu’aux enseignants. Pourquoi n’expliqueriez-vous pas à moult parents qu’il est déraisonnable de coucher son enfant à 23h ?...
 
3) La journée d’école écourtée, bonne idée ! Expliquez à nos concitoyens que leurs impôts vont financer l’accueil périscolaire (par ailleurs totalement inégalitaire sur le territoire) et que leurs frais de garde vont augmenter. Je suis sûre qu’ils apprécieront! Les maires qui doivent supporter le coût de votre réforme aussi !


4) Savez- vous que le mercredi est une journée de coupure nécessaire à la santé mentale des enseignants qui gèrent une trentaine d’enfants chaque jour ?! Ignorez-vous que nous consacrons déjà la majeure partie de notre mercredi à l’école (formation, corrections, préparations…) ? Savez-vous que beaucoup de parents apprécient de travailler à 80 % pour passer le mercredi avec leurs enfants ? Ah oui ! Suis-je bête ! C’est vrai qu’ils sont mieux à l’école que chez eux …

5) Pensez-vous sérieusement qu’en supprimant les devoirs vous lutterez contre les inégalités sociales ? Venez dans nos classes et montrez-nous comment faire apprendre une leçon à 30 élèves en même temps ! Les parents investis continueront le suivi de leur enfant à la maison. Pour les autres, vous cautionnez leur manque d’intérêt pour l’école et les encouragez à se déresponsabiliser encore un peu plus. Les enseignants ne sont pas omnipotents et ne pourront jamais se substituer aux familles ! Leur faire croire le contraire est un mensonge éhonté et dangereux ! Dans notre métier, le temps consacré à l’éducation tend déjà à prendre le pas sur celui consacré à l’instruction (tant pis pour l’orthographe, Vercingétorix et Jules César !). Il est donc grand temps de redéfinir les missions de chacun !
6) Après les MDPH, les PPRE, les PPMS, les DUERP nouvelle révolution : vous tentez de nous enfumer avec vos PET ! Jamais un sigle n’aura aussi bien porté son nom !

7) Et les enfants dans tout ça ? On continue de les asphyxier sous le poids de programmes surchargés et inadaptés. A quand un vrai retour aux fondamentaux ? On continue de les accabler sous le poids d’évaluations toujours plus normatives et dévorantes. Quand va-t-on leur rendre le temps d’apprendre ? On continue le bricolage avec les élèves en difficulté. Quid des RASED dans votre réforme. A quand une véritable égalité sur le territoire des prises en charge en orthophonie, psychomotricité, psychothérapie…. ? (Jusqu’à un an d’attente dans le Cher !) On continue d’intégrer les enfants handicapés dans des classes surchargées avec, dans le meilleur des cas, la présence d’AVS sous- payés, plein de bonne volonté mais pas formés ! La négligence confine parfois à la maltraitance ! Et les collégiens qui décrochent ? On continue de briser des talents sous prétexte qu’on a raté sa vie si on ne finit pas col blanc ? Pas de manuels, pas de pâtissiers, pas de boulangers, pas de plombiers... Au nom de l’égalité, tous bacheliers !
Et tant pis pour ceux qui craquent avant : ils ne pourront plus être orientés à temps !

Je pourrais continuer ainsi bien longtemps. Vous l’aurez compris, Monsieur le Ministre, il va falloir réviser votre copie ! Les enseignants ne sont pas hostiles à toute réforme. Au contraire, nous voulons redresser notre école. La refondation doit se faire avec nous. Nous sommes les premiers acteurs du système éducatif. Qui peut prétendre mieux le connaître que nous ? Nous débordons d’idées, de suggestions alors écoutez-nous !

Je n’appartiens plus à aucun syndicat, je ne suis membre d’aucun parti politique, mes propos ne feront sans doute pas l’unanimité, c’est pourquoi je vous invite à consulter le blog du collectif des Dindons. Vous constaterez alors qu’il y a au moins deux points sur lesquels nous sommes tous d’accord : votre projet en l’état actuel des choses est inacceptable (aussi bien pour les élèves que leurs enseignants) et nous ne nous laisserons pas déplumer !

J’appelle maintenant les deux premiers syndicats enseignants de France à ne plus rester sourds aux glouglous de leur base. J’appelle tous les enseignants dépités, découragés, résignés à rester en colère. J’appelle tous les parents qui veulent pour leurs enfants une école publique, républicaine et laïque digne de ce nom à nous rejoindre. J’appelle tous les maires de France qui refusent d’assumer le poids de cette réforme à faire entendre leur voix. J’appelle tous ceux qui se considèrent comme les dindons de cette farce à la mobilisation ! Soyons la nouvelle grippe aviaire de cet hiver !

J'avoue que j'ai un peu de mal à comprendre pourquoi c'est si difficile de revenir à la semaine de 4,5 jours que nous avions il y a 4 ans.

Mais sur le fond je comprends la colère de cette enseignante : nous attendons tous énormément de l'école en tant que parents. 

Nous voudrions qu'elle reste un temple de culture et de transmission du savoir, que la violence, les incivilités ne franchissent pas ses murs sacrés, que nos enfants y soient de modèles d'attention , qu'ils y deviennent savants sans effort, pour avoir un beau métier demain et "réussir leur vie".

Mais on ne peut pas réformer sans objectif, sans projet de société.

De quelles armes voulons-nous les doter pour leur vie d'adulte ?

Il est vrai que l'exercice est difficile en ces temps de crise : par exemple lorsque j'ai achevé mes études, les grands groupes industriels tels que Usinor, Pechiney, Rhone-Poulenc paraissaient éternels et solides comme des rocs.

Et qu'en reste-t-il aujourd'hui ?

Le monde a changé, ce qui est normal, mais je crois que lors des dernières décennies, le changement est passé à la vitesse supérieure.

Alors plus que jamais, justement en temps de crise il est important d'avoir un projet de société et d'école solide.

Pour ma part, je rêverais qu'à l'école on cultive l'esitme de soi des enfants, qu'on leur apprenne à réfléchir, qu'on éveille leur curiosité, qu'on les sensibilise à la fragilité de notre planète bleue et de notre démocratie.

Mais le principal est qu'ils apprennent à lire, écrire, compter, et penser par eux-mêmes.

Il y a des idées à prendre dans des écoles alternatives telles que la Living school , et dans les débats des vendredis intellos

Si l'école est importante, notre façon de l'aborder l'est aussi.

C'est en famille qu'on apprend la notion du temps, qu'on définit des priorités de vie, de par notre façon de vivre.

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carine 24/02/2013 16:36

Que je te rejoins à 3000%!!!!!!!!! je pense tout comme toi! tout part à volo! Je suis maman et instit et je ne comprends plus rien au système et au fait qu'on fait de nos enfants des futurs
cancres, parce que le système s'en accomode trop bien.finalement on peut mieux manipuler les futurs adultes comme çà! Oui je suis comme toi et je crie au scandale! Les enfants rois y'en a marre, où
sont les valeurs que nos parents et grands parents nous avaient inculqués?!
Y'a un ras le bol d'être pris pour des imbéciles, de ne pas être reconnus comme un métier à part entière! Les gens ne connaissent pas tous les aléas de notre métier comme le mouvement par exemple
et le couperet chaque année de savoir si on sera loin ou pas de chez nous, la façon dont les parents et enfants nous parlent, le fait que notre métier c'est les vacances et point...les parents
savent ils le temps qu'on passe à corriger, préparer etc....
bref, oui je te soutiens et te rejoins à 3000%!!!!!!!!!

Phypa 24/02/2013 22:34



Juste une précision : la lettre que j'ai retranscrite n'est pas de moi, mais un témoignage du malaise côté enseignant.


Cela dit, en ce moment, je ne crois pas qu'il y ait de métier facile.



oth67 10/02/2013 17:05

Les enseignants sont malheureusement consultés pour peu de choses ! pareil pour les programmes ! Il y a eu une pseudo réflexion pour les derniers programmes, pour les médias ! Alors que les
nouveaux manuels étaient déjà imprimés !
Pour la première fois, je ferai grève mardi !

Phypa 11/02/2013 08:02


Je crois que c'est assez général en France, les plus impliqués ne sont pas forcément consultés. Beaucoup de progrès à faire en démocratie participative.


labellebleue 09/02/2013 18:18

Belle lettre. Moi aussi je trouve cette réforme mal fichue. Il y avait bien d'autres choses à retoucher avant de rajouter des jours de classe.
Dans notre commune, personne n'en parle. Mais je ne suis pas chaude pour mettre ma fille (5 ans) à l'école le mercredi matin. A moins que ça commence à 9h30...

Phypa 09/02/2013 18:48



Je crois qu'on ne sait pas encore trop comme cela va s'organiser. Et il est important qu'il y ait un dialogue dans chaque commune, parce qu'il faudrait un projet commun équipes pédagogiques -
services éducatifs communaux et parents.



ecureuilbleu 02/02/2013 11:50

C'est une belle lettre. Cette femme pourrait faire de la politique. Ce n'est pas facile d'être ensiegnant mais la société a évolué et un jour il faudra bien que l'école change aussi, même si je ne
sais pas comment. Les parents ne doivent pas se décharger de l'éducation de leurs enfants sur les enseignants . Les deux doivent collaborer pour motiver et donner à l'enfant de découvrir...

Vaste problème...

Phypa 02/02/2013 23:01



Oui je crois vraiment que nous devons tous réfléchir à ce que nous attendons de l'école. Quel doit être son objectif. En ce moment c'est vrai qu'on lui demande tout et son contraire.



Flolasouricette 27/01/2013 22:15

Les raisons de la grogne, les voici :
-Des profs éreintés, et méprisés depuis 5 ans, 5 ans de recul pour l'école... Je te passe la lamentable gestion des personnels dans notre académie, il y a de quoi pleurer. Etre sans cesse
vilipendé, traité d'incapable et de privilégié par tes ministres ne te donne pas envie d'aller travailler un jour de plus.
-Une charge de travail qui n'a cessé de s'alourdir (classes chargées, manque d'aide pour gérer les élèves difficiles...)
-Travailler un mercredi matin, après un simulacre de concertation, prétendumment pour suivre les recommandations des chronobiologistes, alors que ces derniers préconisaient, comme le souhaitaient
d'ailleurs les instit", le samedi matin.
-Pas de compensation financières pour ceux qui ont vu leur salaire stagner et qui auront, de facto, plus de frais, et notamment la garde des enfants en bas âge (c'est mon cas et ça risque de faire
un gros trou à notre budget)...
-Une réforme bricolée à la va-vite, sans concertation : le projet de décret n'avait obtenu que 5 voix sur 72 au conseil supérieur de l'Education, score historique. L'impact sur la réussite scolaire
est bien hasardeux, et en prime cette soi-disant réforme risque de renforcer l'inégalité entre les élèves. Où est la réécriture des programmes, où sont les RASED ?
Alors, oui tu comprends à quel point nous avons l'impression d'être des dindons ! Allez, je finis d'écrire mon propre billet, je le mettrai peut-être sur le blog des VI la semaine prochaine. A plus
et merci de ton article !

Phypa 27/01/2013 23:49



Je crois surtout que les enseignants ne sont pas assez formés, ni aidés pour accueillir "les vrais enfants", pas les enfants idéaux pour lesquels les programmes sont faits.


Je ne comprends pas non plus pourquoi il n'y a pas de contre-proposition de programmes, qui tiennent plus compte de la psychologie de l'enfant, et des récents résultats de psychologie cognitive,
comme ceux de Stanislas Dehaenne, sur l'apprentissage de la lecture et du calcul par exemple.


Et avec tout ça, on a un peu délaissé nos modèles féminins !