Comment leur parler de la shoah ?

Publié le par Phypa

shoah.jpg

(l'image est prise chez Alf, dont j'aime beaucoup les dessins de presse et les tableaux)

 

Hasards de l'actualité, entre les démantèlements légaux ou illégaux de camps de roms, ou les troubles provoqués par un bout de film soit disant blasphématoire,  au même moment nous avons reçu le numéro d'octobre d'Histoires vraies, mensuel qui s'adresse aux enfants de 8-12 ans, où l'histoire principale est celle de Sasha, une enfant juive cachée pendant la guerre dans un village français :

sacha histoires vraies red

et peu avant, j'avais emprunté un samedi à la bibliothèque la BD :

esther

 

Evidemment , comme chaque fois que j'emprunte une BD, P'Tit Gars la lit avant que je n'aie eu le temps de le faire. Lorsque je lui ai demandé si c'était bien, il m'a dit :

- oui, mais...

- mais c'était triste ?

- oui a-t-il répondu, manifestement soulagé de ne pas avoir à en dire plus.

Nous avons expliqué que malheureusement c'était une histoire vraie, et que pendant la seconde guerre mondiale, une grande partie de l'Europe était occupée, et que les nazis persécutaient les juifs. 

Voici ce que dit la 4e de couverture :

"Esther vit au Etats Unis depuis qu'elle a quitté le vieux Continent, à la fin de la seconde guerre mondiale. Maintenant qu'elle est grand-mère, elle prend le temps de revenir sur les lieux de sa jeunesse, en quête de réponse aux nombreuses interrogations qui la hantent. Que sont devenus les paysans qui l'ont cachée et sauvée des nazis pendant la guerre ? Qu'est devenu Bob , son ancien amoureux ? Comment ses parents , déportés dans le camp d4auschwitz ont-ils disparu ? Avec l'aide de ses petits-enfants et de ses amis, elle part sur les traces d'un passé qu'elle avait tenté d'oublier et retoruve une partie de ceux qu'elle avait perdus..."

Et quand j'ai lu la BD, j'ai vu que tout le mécanisme de montée du nazisme, jusqu'à l'extermination est mis en images.

Il faut dire que j'aurais pu me douter qu'il s'agissait d'un livre de témoignage assez précis, car il est édité par la Maison Anne Frank.

C'est très bien fait, sans jugement, sans haine. On voit bien la montée du chômage, l'arrivée au pouvoir d'Hitler, la montée de l'antisméitisme, la peur de tous ceux qui ne sont pas d'accord.

Le fonctionnement des ghettos, puis la déportation vers les camps de travail, puis vers les camps d'extermination sont bien expliqués. Le fonctionnement d'Auschwitz, le tri à l'arrivée, les chambres à gaz, les fours crématoires.

Malgré tout , cela reste expurgé.

Et pourtant,  j'ai été très remuée par cette lecture, et je me suis demandée si j'avais bien fait de la ramener à la maison.

Je ne sais pas ce que les enfants ont retenu.

Je me rappelle que moi, bien qu'ayant entendu parler d'Auschwitz au collège en 3e, je n'ai compris que très tard l'extermination et son ampleur.

Je ne pense pas qu'on ne m'en aie pas parlé. Je pense que je ne voulais pas entendre et je ne l'ai pas retenu, je ne me le suis même pas représenté.

 

Cette BD est je crois à réserver aux plus de 12 ans.

 

L'histoire de Sasha est très bien pour les 8-12 ans.

Dans les deux cas, l'histoire est racontée par un enfant dont les parents ont été raflés en son absence, et qui est caché à la campagne.

Dans Histoire vraies , juste après l'histoire, un article de 6 pages raconte les persécutions à partir de 1941, la rafle du Veld'hiv, la déportation dont peu reviendront,  et  le sort des enfants. L'accent est mis sur le fait qu'en France sur 72 000 enfants d'orignie juive  recensés avant 1939, environ 60 000 auraient survécu grace à la résistance.

Je ne sais pas quelle est la réalité de cette présentation positive, mais dans la mesure où on s'adresse à des enfants, cela me paraît bien de leur parler de survie, plus que de mort.(le mot extermination n'est écrit qu'une fois à propos du sort des personnes entassées au Veld'Hiv)

Et les camps de la mort n'y sont pas détaillés.

Voici ce que Sasha raconte du retour de sa maman :

"J'ai couru vers elle et je me suis jetée dans ses bras. Puis je l'ai regardée. Elle avait tellement changé ! Elle était si maigre que j'avais l'impression que j'allais la casser si je la serrais trop fort. Elle avait l'air épuisée. 

(...)

- Et papa ?

J'ai tout de suite compris. Elle m'a regardé puis a baissé les yeux. Elle a pris ma main, l'a posée sur mon coeur et m'a simplement dit qu'il était là pour toujours"

(...)

Elle ne m'a pas vraiment raconté ce qui lui était arrivé. Elle m'a juste dit qu'elle avait été envoyée dans un camp de concentration et que c'était un miracle qu'elle en soit sortie vivante. Elle m'a dit que je n'avais pas besoin d'en savoir plus, si je voulais continuer à regarder le monde avec des yeux d'enfant.

En revanche, elle a eu de longues conversations avec Martine et Estelle. On pouvait les entendre pleurer pendant qu'elle leur racontait, et rien que pour ça, je n'avais pas envie d'écouter."

 

Je ne sais pas très bien si on est un jour prêt à entendre la vérité de l'extermination nazie.

Pour ma part, j'ai vraiment compris quand une année, à la télé, en commémoration de la révolte du ghetto de Varsovie, sont passés successivement les films "Au nom de tous les miens" et "Shoah".

J'ai été comme sidérée, j'ai ressenti une souffrance intense.

Et je me suis dit, c'est bon, j'ai eu ma dose. Maintenant je sais. Je n'ai plus besoin de voir d'autre film ou d'autre documentaire.

Mais c'était il y a longtemps, bien avant le 11 septembre 2001 et ses conséquences, bien avant la crise.

Et maintenant que poussent un peu partout de nouveaux bidonvilles, qu'en France le nombre de gens qui ne mangent plus à leur faim ne cesse d'augmenter, maintenant que montent les intolérances de toute sorte, il faut en parler un peu de temps en temps.

Et ne pas permettre que "ceux qui ne connaissent pas l'histoire, soient condamnés à la revivre".

La démocratie est fragile et précieuse.

 

Publié dans Lecture des enfants

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